RDC : Le train de vie des institutions devient-il incontrôlable ?
Les chiffres révélés dans le Plan d’engagement budgétaire (PEB) du ministère du Budget soulèvent une question simple : qui contrôle encore la dépense publique en République démocratique du Congo ?
En seulement neuf mois, la présidence de la République a engagé 2.839 milliards de francs congolais, soit près d’un milliard de dollars américains. Pourtant, le budget annuel voté pour cette institution ne dépassait pas 864 milliards de francs congolais. Autrement dit, les dépenses ont largement franchi les limites fixées par la loi budgétaire.
Ce dépassement colossal interpelle d’autant plus qu’il ne concerne pas une situation exceptionnelle ou imprévisible. Salaires, fonctionnement, interventions de l’État : pratiquement tous les postes de dépenses sont concernés. Une telle dérive traduit soit une absence de discipline budgétaire, soit un système de contrôle devenu inefficace.
Plus surprenant encore, malgré ces dépassements, des crédits supplémentaires ont été accordés à la présidence pour le quatrième trimestre. Une décision qui alimente les interrogations sur la rigueur de la gestion des finances publiques et sur les mécanismes censés prévenir ce type de dérapage.
Pendant ce temps, la réalité quotidienne des Congolais reste marquée par des écoles en manque de moyens, des hôpitaux sous-équipés, des infrastructures dégradées et une insécurité persistante dans l’Est du pays. Chaque franc dépensé sans contrôle est un franc qui manque à ces priorités essentielles.
La question n’est pas seulement comptable. Elle est aussi politique et morale. Comment demander des sacrifices à la population lorsque les institutions donnent l’impression de fonctionner sans limite budgétaire ?
Le président Félix Tshisekedi a souvent appelé à la bonne gouvernance et à la rationalisation des dépenses publiques. Ces engagements doivent désormais se traduire par des actes visibles. L’exemplarité commence au sommet de l’État.
Réduire le train de vie des institutions n’est pas un slogan d’opposition ni une revendication populiste. C’est une exigence de responsabilité. Dans un pays confronté à d’immenses défis sociaux et sécuritaires, chaque dépense publique doit pouvoir être justifiée devant les citoyens.
Le moment est venu de remettre de l’ordre dans les finances publiques. Car à force de dépasser les limites, c’est la confiance des citoyens qui finit par être dépensée.


