Acquittement total de Vital Kamerhe : si l’innocence est établie, qui porte alors la responsabilité du scandale des 100 jours ?
L’histoire politique congolaise retiendra sans doute le procès des 100 jours comme l’un des épisodes les plus spectaculaires, les plus médiatisés et les plus controversés de ces dernières décennies.
Pendant des mois, les Congolais ont suivi les audiences.
Pendant des mois, les médias ont parlé de détournements de dizaines de millions de dollars.
Pendant des mois, le pouvoir a présenté cette affaire comme la preuve qu’une nouvelle ère de lutte contre la corruption était née en République démocratique du Congo.
Puis est venu le verdict.
Puis est venue la condamnation.
Puis sont venues les années de prison.
Et finalement…
Puis est venu l’acquittement.
Un acquittement total.
Une décision qui bouleverse tout le récit construit autour du procès des 100 jours.
Car si Vital Kamerhe est innocent…
Alors une question fondamentale se pose :
Que s’est-il réellement passé ?
Le procès qui devait symboliser l’État de droit
Revenons quelques années en arrière.
Nous sommes en 2019.
Le nouveau président Félix Tshisekedi vient d’être investi.
Pour démontrer sa volonté de changement, il lance le programme des 100 jours.
Un vaste plan d’urgence censé répondre rapidement aux besoins de la population.
Routes.
Ponts.
Logements sociaux.
Infrastructures.
Le programme devait devenir le symbole du nouveau Congo.
Le symbole de la rupture.
Le symbole du changement.
À la tête de la machine se trouve Vital Kamerhe.
Directeur de cabinet du président.
Principal allié politique.
Architecte de l’accord ayant permis l’accession au pouvoir de Félix Tshisekedi.
À l’époque, beaucoup considèrent même Kamerhe comme le deuxième homme le plus puissant du pays.
Puis le scandale éclate.
Le récit officiel
Les autorités présentent alors le procès comme une opération « mains propres ».
Le message est clair.
Personne ne sera protégé.
Même les plus puissants devront rendre des comptes.
La population applaudit.
Enfin, pense-t-on, les grands responsables seront jugés comme de simples citoyens.
La condamnation de Vital Kamerhe est présentée comme une victoire historique contre l’impunité.
Le pouvoir reçoit les félicitations de nombreux observateurs.
Les partenaires internationaux saluent la démarche.
L’opinion publique y voit un signal fort.
Mais aujourd’hui, l’acquittement vient bouleverser cette lecture.
Si Kamerhe est innocent…
Si la justice conclut finalement que Vital Kamerhe ne mérite pas les condamnations qui lui avaient été infligées…
Alors plusieurs questions deviennent inévitables.
Qui a détourné l’argent ?
Où sont passés les millions de dollars évoqués pendant le procès ?
Qui est responsable des logements jamais construits ?
Qui est responsable des fonds publics disparus ?
Qui a menti aux Congolais ?
Car les montants évoqués n’ont jamais été imaginaires.
Les problèmes observés sur le terrain n’étaient pas imaginaires.
Les projets inachevés n’étaient pas imaginaires.
Les dysfonctionnements administratifs n’étaient pas imaginaires.
Alors si celui qui était présenté comme le principal responsable est finalement innocenté, le pays mérite des explications.
Une justice qui se contredit ?
Pour beaucoup de Congolais, le véritable problème est là.
Comment peut-on passer d’une condamnation présentée comme historique à un acquittement total ?
Comment expliquer une telle différence d’appréciation ?
Comment demander à la population de conserver sa confiance dans les institutions lorsqu’un dossier aussi emblématique produit des conclusions aussi radicalement opposées ?
La justice a naturellement le droit de corriger ses erreurs.
C’est même l’une de ses fonctions essentielles.
Mais lorsqu’une affaire aussi importante connaît un tel retournement, la transparence devient indispensable.
Car ce n’est pas seulement le sort d’un homme qui est en jeu.
C’est la crédibilité de tout le système judiciaire.
Une question qui dérange le pouvoir
Le programme des 100 jours n’était pas le programme de Vital Kamerhe.
C’était le programme du régime.
C’était le programme présidentiel.
C’était le projet phare du début du mandat.
C’était la vitrine politique du nouveau pouvoir.
Dès lors, une interrogation apparaît naturellement dans le débat public :
Comment un programme aussi stratégique a-t-il pu connaître autant d’irrégularités sans que les mécanismes de contrôle institutionnels ne fonctionnent ?
Cette question ne vise pas une personne en particulier.
Elle vise le fonctionnement global de l’État.
Car lorsqu’un programme mobilise des dizaines de millions de dollars, la responsabilité est nécessairement collective.
Les ministères interviennent.
Les services financiers interviennent.
Les administrations interviennent.
Les organismes de contrôle interviennent.
Les banques interviennent.
Les autorités politiques interviennent.
Réduire une affaire aussi complexe à un seul individu a toujours semblé simpliste.
Le sacrifice d’un homme pour sauver un système ?
Certains observateurs vont plus loin.
Ils estiment que le procès des 100 jours a servi à donner l’impression d’une lutte contre la corruption sans remettre profondément en cause les mécanismes qui permettent la corruption.
Selon cette lecture, le système avait besoin d’un symbole.
Le système avait besoin d’un responsable.
Le système avait besoin d’un procès spectaculaire.
Mais il n’avait pas nécessairement besoin d’une remise en question générale.
Cette analyse est évidemment contestée.
Mais l’acquittement de Kamerhe lui redonne aujourd’hui une nouvelle résonance.
Le peuple mérite la vérité
Les Congolais ont entendu parler de dizaines de millions de dollars.
Ils ont vu des projets inachevés.
Ils ont vu des audiences retransmises à la télévision.
Ils ont vu des condamnations historiques.
Puis ils ont vu un acquittement.
Entre ces deux réalités, il manque encore des réponses.
La vérité ne peut pas changer selon les circonstances politiques.
La vérité ne peut pas dépendre des rapports de force du moment.
La vérité est une.
Et le peuple congolais mérite de la connaître.
Conclusion : le véritable procès reste à faire
L’acquittement de Vital Kamerhe ne clôt pas le débat.
Au contraire.
Il l’ouvre davantage.
Car aujourd’hui, la question n’est plus seulement celle de la culpabilité ou de l’innocence d’un homme.
La question est celle de la responsabilité d’un système.
Le procès des 100 jours avait été présenté comme le symbole de l’État de droit.
Des années plus tard, il risque de devenir le symbole d’un pays qui cherche encore la vérité.
Et tant que toutes les responsabilités ne seront pas clairement établies, une interrogation continuera de hanter l’opinion publique :
Si celui qui était présenté comme le principal coupable est finalement innocent…
Alors qui répondra devant le peuple congolais pour l’échec du programme des 100 jours ?


