Parodie de justice », concernant le procès des 100 jours

Procès des 100 jours : la justice a-t-elle puni un homme pour sauver un système ?

Le 20 juin 2020 restera gravé dans l’histoire politique de la République démocratique du Congo.

Pour la première fois, un homme considéré comme l’une des personnalités les plus puissantes du pays, le directeur de cabinet du président de la République, Vital Kamerhe, était condamné à vingt ans de travaux forcés dans le cadre du procès des 100 jours.

Les médias du monde entier saluèrent alors un tournant historique.

Les défenseurs du régime parlèrent d’une révolution judiciaire.

Les organisations de lutte contre la corruption y virent le signe d’un réveil de l’État de droit.

Le pouvoir célébrait une victoire contre l’impunité.

Le peuple, lui, espérait enfin connaître la vérité.

Mais six ans après, une question demeure :

Le procès des 100 jours a-t-il réellement combattu la corruption ou a-t-il simplement désigné un coupable sans s’attaquer au système qui a rendu possible ce scandale ?

Le programme qui devait incarner le changement

Lorsque Félix Tshisekedi accède à la présidence en janvier 2019, il lance un ambitieux programme d’urgence baptisé « les 100 jours ».

L’objectif est clair :

Montrer rapidement aux Congolais que le changement promis est en marche.

Routes.

Logements sociaux.

Infrastructures publiques.

Projets d’urgence.

Le programme devait symboliser la rupture avec les pratiques du passé.

Au cœur du dispositif se trouve Vital Kamerhe, alors directeur de cabinet du chef de l’État et principal artisan politique de l’alliance qui a permis l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi.

À cette époque, Kamerhe n’est pas un simple collaborateur.

Il est l’homme fort du régime.

L’allié stratégique.

Le partenaire politique.

L’homme qui, selon l’accord de Nairobi de 2018, était même pressenti pour devenir le candidat de la coalition présidentielle lors de l’élection suivante.

Puis survient le scandale.

Un procès hors norme

L’accusation porte notamment sur près de 49 millions de dollars liés à la construction de 1 500 logements sociaux.

L’affaire choque l’opinion publique.

Le pays découvre des montants vertigineux.

Les audiences sont retransmises.

Les Congolais suivent chaque rebondissement.

Pour beaucoup, il s’agit du procès du siècle.

Mais très vite, plusieurs zones d’ombre apparaissent.

Car les fonds publics ne disparaissent jamais par magie.

Entre le décaissement et l’utilisation de l’argent, de nombreuses institutions interviennent :

ministères,
administrations,
services financiers,
banques,
organismes de contrôle.

Comment un tel système aurait-il pu fonctionner avec la responsabilité d’un seul homme ?

C’est ici que naissent les premières interrogations.

Pourquoi certains acteurs n’ont-ils jamais été inquiétés ?

Pendant le procès, plusieurs témoins expliquent les mécanismes administratifs qui ont permis les décaissements.

Des responsables publics témoignent.

Des gestionnaires financiers témoignent.

Des institutions sont citées.

Pourtant, au fil des audiences, de nombreux observateurs ont eu le sentiment que certains maillons essentiels de la chaîne échappaient à toute responsabilité.

Même certaines organisations anticorruption ont publiquement regretté que certains acteurs clés n’aient jamais été poursuivis.

Comment comprendre qu’un dossier impliquant des dizaines d’intervenants aboutisse principalement à la condamnation de quelques individus ?

Comment expliquer que certaines institutions citées pendant les débats soient sorties totalement indemnes du scandale ?

Ces questions demeurent sans réponse claire.

Le paradoxe du sacrifice politique

Vital Kamerhe avait déclaré devant les juges :

« Ce n’est pas moi qui suis attaqué, c’est le président de la République. »

Cette phrase a marqué le procès.

Car elle révélait une réalité politique incontournable.

Kamerhe n’était pas un fonctionnaire ordinaire.

Il était au cœur du pouvoir.

L’un des architectes de la victoire de Félix Tshisekedi.

L’un des hommes les plus influents du régime.

Dès lors, certains se demandent encore aujourd’hui :

Le procès visait-il uniquement à rendre justice ?

Ou servait-il également à redéfinir les équilibres politiques au sommet de l’État ?

La question mérite d’être posée.

Car dans de nombreux pays, les grandes affaires judiciaires sont parfois aussi des batailles politiques.

La mort du juge : le mystère qui plane toujours

Comme si l’affaire n’était pas déjà suffisamment spectaculaire, un événement dramatique vient bouleverser le procès.

Le juge Raphaël Yanyi, qui présidait les audiences, décède brutalement.

Les circonstances de sa mort provoquent immédiatement un choc national.

Les autorités évoquent un traumatisme crânien.

Une enquête pour meurtre est ouverte.

La famille conteste certaines conclusions.

Des rumeurs circulent.

Les spéculations se multiplient.

Encore aujourd’hui, pour de nombreux Congolais, cet épisode demeure l’un des chapitres les plus troublants du procès.

Parce qu’il nourrit l’impression d’un dossier entouré de mystères et de zones grises.

Une victoire contre la corruption ?

Les défenseurs du procès affirment qu’il a envoyé un message fort :

Personne n’est au-dessus des lois.

Même les plus puissants peuvent être jugés.

Sur le principe, cet argument est difficile à contester.

Mais la véritable question est ailleurs.

Que s’est-il passé après ?

La corruption a-t-elle reculé ?

Les détournements ont-ils disparu ?

Les finances publiques sont-elles devenues plus transparentes ?

Les scandales ont-ils cessé ?

Les Congolais voient-ils une amélioration significative dans la gestion de l’État ?

Pour beaucoup de citoyens, les problèmes demeurent.

Et c’est précisément ce qui nourrit le scepticisme.

Car lorsqu’un système reste inchangé après la condamnation d’un homme, certains finissent par penser que le problème n’était peut-être pas uniquement cet homme.

Une justice sélective ?

L’une des critiques les plus fréquentes adressées au procès des 100 jours concerne son caractère supposément sélectif.

Pourquoi certaines affaires sont-elles traitées avec une rapidité exceptionnelle tandis que d’autres semblent oubliées ?

Pourquoi certains responsables sont-ils poursuivis alors que d’autres continuent tranquillement leur carrière ?

Pourquoi certaines enquêtes disparaissent-elles de l’actualité dès qu’elles touchent certains centres de pouvoir ?

La justice ne convainc que lorsqu’elle est perçue comme impartiale.

Dès lors qu’elle paraît choisir ses cibles, le doute s’installe.

Le verdict de l’histoire

Le procès des 100 jours restera probablement comme l’un des événements judiciaires les plus importants de l’histoire récente de la RDC.

Mais son héritage demeure controversé.

Pour certains, il symbolise la naissance d’une véritable lutte contre l’impunité.

Pour d’autres, il représente une occasion manquée de remonter jusqu’aux racines profondes de la corruption.

Une question continue donc de hanter ce dossier :

La justice a-t-elle réellement démantelé un système de détournement ?

Ou a-t-elle simplement trouvé un responsable visible afin de préserver un système qui, lui, continue de fonctionner ?

Car au-delà du sort de Vital Kamerhe, c’est peut-être là que se trouve la véritable interrogation du procès des 100 jours.

La corruption en RDC est-elle le fait de quelques individus…

ou le produit d’un système que personne n’a encore eu le courage de remettre entièrement en cause ?

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